« Être affiliés à la CFE-CGC nous donne davantage de poids dans les débats nationaux »

Rédigé le 26/08/2026

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis secrétaire général d'Alliance Police Nationale depuis 2019, mais avant tout, je suis un policier. Je connais la réalité quotidienne que vivent mes collègues, une réalité qui n'a fait que se durcir avec l'augmentation de la délinquance et de la criminalité. Cette connexion avec le terrain est fondamentale pour les comprendre et les soutenir. Mon engagement syndical est né d'une conviction simple : ceux qui protègent les Français doivent eux aussi être protégés, respectés et entendus. Cette voix, je la porte avec détermination et j’assume toutes mes positions au nom de la protection des policiers et PATS (Personnels Administratifs, Techniques et Scientifiques).

Qu’en est-il d’Alliance Police Nationale : son histoire, son poids représentatif, son organisation ?

Alliance Police Nationale est aujourd'hui la première organisation syndicale de la Police nationale. Depuis plus de trente ans, nous défendons les intérêts des policiers avec une seule boussole : le terrain. Notre force, c'est notre implantation partout en France, dans tous les services et à tous les niveaux. Nos représentants sont avant tout des policiers et des PATS qui connaissent les réalités de leur filière métier. Grâce à eux, nous sommes à la fois un certificat de proximité, mais aussi d’envergure nationale. En outre, Alliance est une organisation libre, apolitique et totalement indépendante des obédiences de toutes natures. Cette liberté, c’est la garantie pour nos mandants que ce sont leurs intérêts et eux seuls qui sont au centre de nos préoccupations.

Notre appartenance à la CFE-CGC est un véritable atout. En plus de nous permettre de porter au sein d'une grande confédération les problématiques des policiers, des PATS et des agents du ministère de l’Intérieur, où nous avons été reçus ce mardi 25 août, être affiliés à la CFE-CGC nous donne davantage de poids dans les débats nationaux sur le pouvoir d'achat, les retraites, la santé au travail ou encore le dialogue social. Car les policiers ne vivent pas en dehors de la société : leurs préoccupations, sur de nombreux sujets sociaux, sociétaux et économiques sont aussi celles de millions de travailleurs.

Qu'est-ce qui distingue Alliance des autres organisations syndicales représentatives dans la police ? Quelles sont vos principales revendications ?

Notre différence, c'est que nous privilégions toujours l'efficacité aux postures. Nous ne faisons pas du syndicalisme de « salon » mais du syndicalisme pragmatique de négociations, de propositions et, si nécessaire, d'opposition. Nous utilisons tout le panel des moyens possibles pour défendre nos collègues.

Nos priorités sont claires : valoriser la place du policier et des personnels du ministère de l’Intérieur dans la société, améliorer leurs conditions de travail, leurs rémunérations, renforcer leurs effectifs, moderniser leurs équipements, les protéger davantage face aux violences et obtenir une véritable reconnaissance de la pénibilité et des contraintes du métier. Nous voulons que nos collègues puissent exercer leur mission dans des conditions dignes, avec les moyens nécessaires et dans le respect qui leur est dû.

Comment fonctionne le dialogue social dans la police, notamment avec les comités sociaux d'administration (CSA) ?

Le dialogue social existe, mais il ne peut pas être une simple formalité administrative. C'est ce qu'il est depuis un certain temps, et cela, est inacceptable. Les CSA sont des instances où nous devons défendre concrètement les conditions de travail, les organisations de services, la santé au travail, le paritarisme... Mais le dialogue social n'a de sens que s'il est suivi d'effets. Quand les propositions des représentants du personnel sont réellement prises en compte, les choses avancent. Dans le cas contraire, nous savons aussi nous mobiliser pour faire entendre nos revendications, comme cela est prévu le 15 septembre prochain.

Justement, où en est la mobilisation autour des salaires des policiers ?

Le pouvoir d'achat reste une préoccupation majeure de nos agents. En effet, si des revalorisations ont été obtenues ces dernières années et doivent être confortées, elles ne compensent ni l'inflation ni l'engagement exceptionnel demandé aux policiers. Les contraintes du métier augmentent, et donc les exigences aussi. Nous continuons à revendiquer une politique salariale ambitieuse qui reconnaisse réellement l'investissement des policiers et du personnel du ministère de l’Intérieur tout au long de leur carrière.

Au-delà des salaires, quelles sont les principales difficultés rencontrées par les policiers au quotidien ?

Bien qu’elle soit très importante, la question du salaire n'est qu'une partie du problème ! Nos collègues souffrent d'un manque d'effectifs dans de nombreux services, d'une pression opérationnelle permanente, d'une accumulation des missions, d'une surcharge administrative et parfois d'équipements ou de locaux qui ne sont plus adaptés. À cela s'ajoutent un nombre exponentiel de blessés ainsi que des risques psychosociaux de plus en plus importants : fatigue chronique, stress, exposition à la violence et à la détresse humaine, perte de sens et dommages collatéraux au sein de la famille et de la sphère sociale.

On demande toujours plus aux policiers sans leur donner les moyens, la reconnaissance et les perspectives qui vont avec. À l’instar d’autres pays européens, leur statut doit être revu. L’importance de leur place dans la société est insuffisamment mise en valeur, alors qu’ils sont les régulateurs du pacte social et de notre modèle démocratique.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser ?

Les policiers remplissent une mission essentielle : garantir la sécurité de toutes et tous. Ils méritent la confiance de la nation tout entière. Derrière chaque uniforme, il y a des femmes et des hommes qui s'engagent chaque jour, parfois au péril de leur vie. Alliance Police Nationale continuera à défendre sans relâche leurs droits, leurs conditions de travail et leur avenir. Défendre les policiers, c'est aussi défendre la qualité du service public de sécurité auquel chaque citoyen a droit. Cette sécurité est la première des libertés, celle qui conditionne l’exercice de toutes les autres.

Propos recueillis par François Tassain